Un pont emblématique chargé d’histoire, entre Île‑de‑la‑Cité et rive droite, incontournable pour les amateurs de littérature et de photos.
Description
Le Pont au Change, splendide ouvrage en maçonnerie long de 103 m et large de 30 m, traverse la Seine en reliant la prestigieuse Île‑de‑la‑Cité (Palais de Justice, Conciergerie) à la vivante rive droite du Châtelet. Sa construction actuelle, réalisée entre 1858 et 1860 par les ingénieurs Vaudrey et de Lagalisserie, s’inscrit dans le grand projet du baron Haussmann et porte le monogramme impérial de Napoléon III.
Mais l’histoire de ce pont remonte au IXᵉ siècle, sous le règne de Charles le Chauve, quand un « Grand‑Pont » en bois était édifié pour connecter Lutèce. En 1141, Louis VII ordonne aux changeurs et orfèvres de s’y installer – d’où son nom “Pont au Change” – transformant l’ouvrage en véritable centre d’affaires médiéval. Les petites boutiques si denses qu’elles obscurcissaient la vue sur la Seine étaient célèbres : en 1618, on y recensait jusqu’à 54 changeurs et 50 forges d’orfèvres.
Ce pont connut de multiples péripéties : plusieurs crues (1196, 1206, 1280, 1296) détruisent des arches, puis un incendie en 1621 le ravage totalement. Reconstruit en pierre de 1639 à 1647 sous l’impulsion de ses anciens occupants, il devient alors le plus large de Paris, avec sept arches et des maisons surmontées. Il accueille même un monument en l’honneur de Louis XIII, Anne d’Autriche et le jeune Louis XIV, œuvre de Simon Guillain – une statue que l’on peut aujourd’hui admirer au Louvre. Les maisons furent démolies entre 1786 et 1788, redonnant au pont sa majestueuse perspective sur la Seine – immortalisée par Hubert Robert et Corot. Lors de la Révolution, les symboles royaux furent retirés . Le pont sert aussi de décor à la vie judiciaire : les condamnés passaient par ici en route vers leur exécution, situées sur la place de Grève.
Aujourd’hui, le Pont au Change est un lieu vivant : passage fréquent des piétons, touristes, amateurs de photographie ou passionnés de Victor Hugo. C’est là que Javert, dans Les Misérables, met fin à ses jours en se jetant dans la Seine. On y trouve aussi un hommage poétique de Robert Desnos, qui l’évoque comme veilleur de la ville troublée.
Côté pratique, le pont est facilement accessible via la station Châtelet (métros 1, 4, 7, 11 et 14). Il ne nécessite aucun billet d’accès et offre des perspectives superbes tant de jour que de nuit, notamment face aux façades du Palais de Justice ou du Théâtre du Châtelet. Les quais environnants accueillent depuis le XVIIᵉ siècle les bouquinistes aux étals verts typiques – un autre attrait charmant pour les promeneurs.
Partager sur